Être en contrôle: le secret et la source de joies immenses!

Photo: Geoff Robins / Mundo Sport Images
Jeudi 7 juillet… je travaillais à mon bureau à l’Université de Guelph quand j’ai reçu un courriel de mon manager, Chris Moulton : il venait d’avoir la confirmation que je pouvais courir le 3000 m steeple à la Reunión Internacional d’Atletisme Ciutat de Barcelone ainsi qu’un steeple aux Joensuu Games en Finlande. J’ai sauté de joie, car, dans la foulée de ma première place aux Championnats canadiens, je me sentais prêt à courir un bon steeple pour réaliser le standard A (8:23,10) me permettant de participer aux Championnats du monde de Daegu en août.
C’est alors qu’un incroyable tourbillon a commencé. Trouver les vols les moins chers possible tout en étant parti de la maison le moins longtemps possible, car, avec un bébé de trois semaines à la maison, ce n’est pas très tentant de partir longtemps en Europe. J’ai fini par trouver les bons vols et un hôtel assez confortable pour m’adapter rapidement au décalage horaire.
Le 18 juillet, j’ai décollé en direction de Barcelone… et de l’atteinte du standard! La tâche était grande, mais tout me disait que j’étais prêt.
Le premier élément du casse-tête, ma forme physique, était sous contrôle: j’avais fait tout le travail, et bien fait à part cela! J’avais travaillé fort lors de toutes les séances d’entraînement et m’étais correctement reposé entre les séances. Merci à mon travail d’été à l’université. Par contre, être prêt physiquement est une chose, l’être tout autant mentalement en est une autre.
Là aussi je ne partais pas de rien… Cette année, le groupe Speed River, le groupe de demi-fond avec lequel je m’entraîne, a décidé de travailler en partenariat avec la consultante, professeure et psychologue sportive Kim Dawson de l’Université Wilfrid-Laurier Kitchener, une ville voisine de Guelph.
Je connaissais déjà très bien l’importance de la préparation mentale, mais là j’ai eu l’occasion d’approfondir et d’acquérir des éléments essentiels grâce à des travaux pratiques. Le message de la psychologue aux athlètes était précis et peut être résumé en quelques grands principes : il nous faut contrôler autant que possible tous les aspects de notre préparation. Il faut donc trouver ce qui fonctionne avant une course et tout mettre en œuvre ensuite pour arriver à reproduire cet environnement avant chaque épreuve. Il faut prendre le temps de faire de la visualisation afin d’être prêt à affronter toutes les situations possibles. Il faut être en mesure de ne pas se laisser affecter par des événements incontrôlables. Il faut mettre le pied sur la ligne et sentir que l’on a tout fait pour réaliser la performance désirée. Pendant la course, il faut s’assurer d’avoir un dialogue interne positif et se concentrer non sur le résultat mais sur la course elle-même.
Tout cet apprentissage ne se fait pas en une soirée, mais exige un cheminement de plusieurs mois. Il faut savoir trouver son équilibre, mais ce dernier étant toujours « en mouvement », il faut savoir s’adapter tout en prenant soin des détails de la préparation physique et mentale. C’est ce que j’ai réussi à faire : le 22 juillet, quand j’ai mis mon pied sur la ligne de départ de la piste du Stade olympique de Barcelone, il ne me restait plus qu’à me donner tout entier. Le doute ne m’envahissait pas parce que je savais que j’avais contrôlé tout ce que je pouvais. Bien sûr, j’avais un peu le trac, mais mon niveau d’activation était parfait parce que j’avais répété ma routine d’avant-course à plusieurs reprises à l’entraînement.
C’est ainsi que je me suis lancé et que j’ai tout donné, haie après haie, tour après tour, et obtenu un temps extraordinaire de 8:19,33! Cet étonnant 8:19,33 – mon record personnel antérieur était de 8:27,82 –, je l’ai préparé jour après jour en gardant le focus, en travaillant à maintenir un équilibre dans ma vie et en profitant de la joie d’être père pour la première fois. Je peux dire que ce 8:19,33 (voir section suivante) représente à lui seul toutes les années de travail depuis mes débuts en athlétisme en 1998 à l’École secondaire Paul-Lejeune de Saint-Tite en Mauricie et tous les efforts des gens qui m’ont entouré et aidé de multiples façons. Je profite de l’occasion pour leur dire « Merci! »
J’écris cet article au lendemain de cette course absolument fantastique. Tout ce dont j’ai envie présentement, c’est d’aller encore plus vite et de réinventer la façon de me préparer physiquement et mentalement afin de progresser encore. Une chose est certaine, cette route vers la performance n’est pas de tout repos, mais elle est tellement satisfaisante quand on atteint un but ou que l’on franchit une grande étape. Je souhaite à tout le monde de vivre pareil moment.
La fiche d’Alex Genest sur le site d’Athlétisme Canada
8:19,33!
Cette performance constitue un record du Québec et Alex est devenu le troisième performer canadien de tous les temps au 3000 m steeple, après Graeme Fell, qui détient le record national depuis 1985 (8:12,58) et Greg Duhaime (8:19,05 en 1982). Alex devance même son ami et mentor, l’Acadien Joël Bourgeois (8:20,08 en 1999). À 40 ans, Bourgeois est toujours actif, ayant couru en 9:02,10 cette année.
À Barcelone, c’est le Kenyan Eliud Kipchoge qui a décroché la première place avec un temps de 8:13,52. Les deuxième et troisième places sont allées à l’Espagnol Mullera Rodriguez (8:16,47) et au Français Khaled Belabbas (8:17,87). Alex a terminé septième, au milieu d’un petit peloton de quatre coureurs entre 8:19 et 8:20. Sa performance représente une amélioration de quelque 8 secondes par rapport à son précédent record (8:27,53 en 2009 aux Jeux mondiaux universitaires); ce « bond en avant » est de fort bon augure pour l’avenir…













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